Le Marchand de Sable devient enfin un héros de cinéma
Le Marchand de Sable est un personnage universel. Il apparaît déjà dans un conte
d’Andersen publié en 1841. Plus récemment, aux Etats-Unis, une chanson culte – Mister
Sandman – lui a été consacrée en 1954 par Pat Ballard, et fut interprétée par le groupe
The Chordettes, avant d’être reprise par Linda Ronstadt puis Emmylou Harris.
En Allemagne, le Marchand de Sable jouit d’un statut exceptionnel : c’est une véritable
vedette, une star à part entière, grâce à une série télévisée qui a vu le jour il y a plus d’un
demi-siècle.
En France, à partir de 1962, on l’a vu aux côtés du célèbre Nounours, de Pimprenelle et de
Nicolas dans “Bonne nuit les petits”.
Les origines d’un personnage culte
Le modèle littéraire qui inspira le Marchand de Sable est le personnage principal du conte
de Hans Christian Andersen Ole Lukøje - qui se traduit littéralement par « Ole qui fait
fermer les yeux » – qui fut publié en 1841.
Le texte original d’Andersen nous présente Ole Lukøje, un lutin - plus précisément un kobold
- qui raconte des histoires aux enfants avant qu’ils ne se couchent. Il n’utilise pas de
sable mais quelques gouttes de lait sucré qu’il répand sur les yeux de ses petits auditeurs,
chaque soir, pour les endormir. Dans cette nouvelle, c’est à un petit garçon nommé Hjalmar
que Ole Lukøje narre ses récits fantastiques. Ce rôle de conteur fut repris dans la structure
des épisodes du Petit marchand de sable.
En Allemagne, c’est à la fin des années 50 par le biais d’une série télévisée que le Marchand
de Sable a connu la célébrité, avec un programme diffusé à l’Est par la chaîne DFF et un
programme diffusé à l’Ouest par la SFB.
Dès la fin de la diffusion des premiers épisodes, le Marchand de Sable comptait déjà un
grand nombre de fans enthousiastes. Les enfants le retrouvèrent dès l’été 1960, avec une
allure un peu différente qui devint alors sa forme définitive. Porté par un succès sans cesse
grandissant, les épisodes du Petit marchand de sable furent tournés et diffusés pour la première
fois en couleur dès 1966.
A la suite de la réunification de l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest, la DFF cessa d’émettre
à la fin de l’année 1991. Les droits du Petit marchand de sable furent transférés aux chaînes
qui lui succédèrent, l’ORB (rebaptisée RBB en 2003) et MDR.
Dès lors, le Marchand de Sable de l’Est allait pouvoir raconter ses histoires aux enfants
de toute l’Allemagne. A partir de 1992, de plus en plus de stations affiliées à l’ARD diffusèrent
les épisodes du Petit marchand de sable, puis, en 1997, la chaîne pour les enfants
KI.KA. Depuis 1999, on utilise l’animation 3D en complément de l’animation image par
image, pendant le tournage des nouveaux épisodes.
Un petit globe trotter
Le petit marchand de sable est devenu une vedette dans de nombreux pays européens dont
la Scandinavie, dans plusieurs pays Arabes ainsi qu’au Vietnam.
Le succès mondial de ses aventures est peut-être dû à sa faculté de voyager avec une
aisance déconcertante, grâce à une multitude de moyens de transport : au Groenland, il
se déplace en traîneau tiré par des chiens, en Egypte il arpente les dunes sur le dos d’un
chameau et en Irak, il fend les airs en tapis volant ! On peinerait à trouver un véhicule qu’il
n’ait pas utilisé, tant on l’a vu passer de la mobylette à l’avion, et du carrosse au véhicule à
énergie solaire ! Le Marchand de Sable a également participé à la conquête de l’espace dès
les années 60 : En 1961, il pilote une fusée et flotte dans le cosmos. En 1967, il construit sa
propre station spatiale et en 1973, il atterrit sur la lune. Aussi surprenant que cela paraisse,
le marchand de sable a réellement voyagé dans les étoiles, grâce à la complicité d’un de ses
fans, le cosmonaute allemand Sigmund Jähn. En 1978, Jähn emmena avec lui une poupée
du héros favori de son enfance lors du vol en direction de la station orbitale soviétique
Saliout 6 !
Premiers pas sur le grand écran
Aujourd’hui, ce personnage est enfin transposé au cinéma, à l’initiative de la société de
production Scopas Medien, basée à Francfort et d’Amuse Films, basée à Paris. L’origine
du projet remonte à 1999. Le producteur Jan Bonath avait alors proposé au détenteur des
droits de la série, la Rundfunk Berlin-Brandeburg, de consacrer un film à ce héros de télévision.
Mais il restait à trouver la manière de réussir pleinement cette transposition, qui selon
Bonath, ne pouvait trouver son aboutissement qu’en utilisant le procédé long et complexe
de l’animation de marionnettes image par image, fidèle à l’esthétique et à la technique de
la série originale. Pour atteindre ce but, le partenaire idéal ne pouvait être que la société
Scopas medien, spécialiste des séries animées pour enfants, produites en « Stop Motion ».
Pendant la phase de développement du scénario, les auteurs ont imaginé une intrigue qui
mette en valeur les caractéristiques attachantes du Marchand de Sable, l’ami fidèle et bienveillant
de tous les enfants. Ils décidèrent de créer trois personnages nouveaux : l’épouvantable
Tourni-Cauchemar, qui veut voler le sable qui fait rêver, le petit Théo, garçonnet du
monde réel qui va surmonter ses peurs en accompagnant le Marchand de Sable, et Philibert,
le mouton farceur, bien trop agité pour faire partie des troupeaux dociles que les gens
comptent pour parvenir à s’endormir.
Une fois l’écriture du script achevée, il fallut choisir et recruter les membres de l’équipe
de tournage. C’est à Sinem Sakaoglu et Jesper Møller que fut attribuée la réalisation du
film. Sinem Sakaoglu, déjà fortement impliquée dans la conception artistique du film,
fait ici ses débuts dans la réalisation cinématographique. Le Danois Jesper Møller, un professionnel
expérimenté de l’animation, a travaillé dans le studio de Don Bluth et dans le
studio d’animation A. Film de Copenhague. Il a co-réalisé avec Stefen Fjedmark Ast éri x
et les Vikings (2006) et a réalisé seul trois amis mènent l’en quête (2009),
l’adaptation en dessin animé d’un grand classique de la littérature enfantine, dans lequel un
cochon, un coq et une souris viennent à bout d’un loup qui menace une basse-cour.
Après avoir commencé à préparer le tournage, les réalisateurs se rendirent rapidement
compte qu’un remaniement du script allait être indispensable. Sinem Sakaoglu s’en souvient
: « Après avoir lu le script, il nous a semblé évident qu’avec la technique d’animation
image par image choisie et la durée globale envisagée, le scénario était bien trop long.
Dès lors, nous nous sommes lancés dans des sessions de réécriture intensives, travaillant
presque 24h sur 24 dans le studio. ».
C’est ainsi que l’intrigue secondaire a été largement élaguée, même si, comme le précise
Jan Bonath « La structure dramatique de l’histoire, les personnages principaux et leurs
motivations sont restés inchangés. Après avoir établi la version définitive du script, nous
avons à nouveau testé la faisabilité du projet, gardé les marionnettistes à nos côtés et avons
optimisé le processus de création des images ». Certains concepts ont cependant changé : la
botte géante qui devait servir de repaire à Tourni-Cauchemar et sa bande a été transformée
en ballon dirigeable à grosse hélice jaune, orné d’une enseigne lumineuse de « Bar ». Ce
club privé était l’environnement qui convenait le mieux à une tornade, qui tourne constamment
sur elle-même, ivre de mégalomanie ! |